Pour comprendre l’être humain et sa conscience, il faut se rappeler que l’image eidétique n’est pas seulement l’aspect visuel de l’expérience humaine. L’image eidétique telle qu’élaborée par Akhter Ahsen est une unité composée de trois parties dont aucune n’a prépondérance sur l’autre. Je perçois par un de mes organes sensoriels, je réagis émotivement et dans mon corps et il s’en suit une compréhension ou une décision que je prends. «L’homme étant surtout un être visuel, Ahsen utilise le terme «image», au sens générique, pour désigner les perceptions des cinq sens. L’image eidétique désigne donc l’expérience tripartite ISM. Le terme image désigne également le premier élément, I, de l’expérience humaine»(Hamel, 2006)
Nous avons tous l’expérience suivante : quand nous percevons quelque chose (un ami que j’aperçois, un paysage que je vois, un son que j’entends), nous avons des sensation physiques et des émotions puis il s’en suit une signification. L’image (I) que je perçois est suivie d’une réaction somatique (S) puis il se dégage une signification (M pour « meaning »). Cette expérience qui se déroule en trois temps est une unité formée de trois éléments : I S M; et c’est ce que Akhter Ahsen appelle l’image eidétique, terme utilisé par les psychologues allemands au début du siècle. L’expérience complète ou image eidétique est donc formée de trois parties inséparables : I (image ou toute perception) S (réaction somatique) et M (« meaning », signification, action prise ). Et l’expérience naturelle et normale se déroule selon cet arrangement I S M.
Par exemple, une personne se rend à l'aéroport accueillir un ami. A la vue de son ami qui sort de l'avion, il y a une bouffée d'excitation et des sensations physiques et aussi la compréhension que son ami est arrivé. Un autre exemple serait celui où la personne voit un serpent dans le sentier en avant d'elle. Elle s'arrête de marcher, regarde autour d'elle et pense à emprunter un autre parcours. On peut voir que le ISM est l'ordre le plus commun et le plus naturel de l'expérience. Généralement parlant, un processus mental devrait fonctionner sur la base de l’arrangement ISM parce que cela donne à la personne de l'emprise sur le déroulement naturel et dans le temps d'un événement, la relation que cet événement a avec son corps et le contexte de signification dans lequel il coexiste.
Cela étant dit, notre expérience peut être plus ou moins déformée, « dénaturée » et se dérouler selon des arrangements différents. L’expérience qui se déroule selon l’arrangement ISM est conforme au processus naturel qui est mouvement. Si mon expérience se déroule selon l’une des cinq variations suivantes de ISM, elle comporte des « fixités » qui font obstacles au déroulement naturel de mon processus.
Mon comportement peut découler de l’expérience suivante : je vois ou je perçois ( I ) un objet, j’interprète hâtivement ( M ) cette perception, qui entraîne une réaction somatique ( S ), c’est l’arrangement IMS. En associant habituellement une même signification à une image visuelle ou une perception, mon expérience est erronée et déformée par le filtre de mon « conditionnement ». Par exemple, une femme prend pour un voleur, son conjoint qui entre tard la nuit et elle hurle de peur. La plupart des gens interprètent mal la réalité selon cette variation; par exemple, des événements positifs sont interprétés comme des événements négatifs, des personnes aimées sont perçues comme hostiles, etc. De telles fixations habituelles engendrent des comportements non appropriés.
La fixité peut aussi se situer au niveau des sensations physiques et/ou des émotions. Ma perception et mon interprétation sont alors entachées par cette fixité dans le corps (SIM et SMI). Si mon corps est épuisé, stressé, si je ressens un état de grande colère, de découragement ou de tristesse (S), les images ou les perceptions qui viendront et la signification qui s’en dégagera correspondront à cette sensation physique ou émotion. Prenons un autre exemple d’un joueur de base-ball qui est en colère (soma); il se voit frapper la balle directement sur le lanceur (image), parce qu’il n'aime pas la façon dont il le traite (signification).
Le filtre fixe peut aussi se situer au niveau de la signification (MIS et MSI). Une personne qui est prévenue qu’un événement va se produire, verra dans ce qu’elle percevra ou sentira la confirmation de son idée préconçue. Par exemple, le 1er avril, on dit à quelqu'un de s'attendre à ce que son patron lui cause des ennuis, et chaque fois que le patron le regarde, il a une réaction de panique. Le patron, évidemment, ne comprend pas pourquoi son employé se comporte ainsi et il est irrité. Cette expérience de l’employé ne correspond pas à la réalité du patron. Un système de pensée, des idées préconçues, les convictions et les croyances étroites et rigides, les images de soi ancrées, etc. sont des filtres fixes qui faussent la réalité et la vision du monde et entraînent des fixités dans les sensations physiques et les émotions, autant d’obstacles qui font écran au contact avec son expérience toujours renouvelée et en mouvement.
Ces cinq variations de l’expérience naturelle ISM comportent toutes des fixités à identifier, pour les remettre en mouvement. Un potentiel immense est emprisonné en chacun de nous. Nos sources sont bloquées et notre "mouvement", qui est vie, est emmuré par des fixités de toutes sortes: illusions, peurs irréelles, fausses croyances, traumatismes émotifs ou physiques, concepts de soi, rationalisations, interprétations prématurées de son expérience, filtres déformants, etc. Ces fixités entraînent tensions, blocages d'énergie, structure non fonctionnelle, méfiances, rigidités, anxiétés, obsessions, phobies, allergies, difficultés dans les relations, un fond de tristesse et de dépression, un manque général de vitalité, etc.
Identifier la source de ces fixités personnelles est un premier pas pour remettre en mouvement notre potentiel qui stagne et pour dépasser les obstacles que l’on rencontre sur la route qui mène au « cœur de son être ». (Hamel, 2004) .
Oscar Hamel, M.Ps., psychologue clinicien
Québec, Équinoxe d’automne 2007