La psychothérapie eidétique

L’application de l’image eidétique structurale à la psychothérapie est le premier champ développé par Akhter Ahsen. Il en traite dans ses premiers volumes (Ahsen 1965, 1968 voir bibliographie). Ces livres ont esquissé une théorie du développement de la personnalité et de la transformation thérapeutique qui rattache l'individu au monde d'une façon organique et holistique ; elle fait ressortir le système en tant que processus dynamique en changement continuel à l'intérieur de structures significatives spécifiques

Tel que présenté à l’onglet précédent, l’expérience humaine se comprend à partir du modèle triple code ISM, image eidétique ou expérience humaine; c’est une unité dynamique composée de trois dimensions essentielles. Si une de ces dimensions est absente ou isolée des deux autres ou si la personne, comme il est mentionné, se vit habituellement selon un arrangement différent, il y a fixités dans le mouvement et il s’en suit toutes sorte de symptômes physiques et/ou psychiques. Ahsen a établi une façon d’intervenir pour les six arrangements possibles ISM, IMS, SIM, SMI, MIS et MSI. Le tableaux de ces arrangements, qui rendent compte de la dynamique d’une personne, devient donc non seulement un instrument diagnostic mais aussi un guide pour l’intervention.

En bref, la psychothérapie eidétique est généralement définie comme «un processus dynamique de transformation qui opère des changements à partir des structures spécifiques d’imagerie formées des unités ISM (image, sensations et significations). Cette expérience d’images eidétiques fait appel à l’ensemble de la personne, on peut la répéter et elle peut générer de nouvelles expériences… Le but de la thérapie eidétique est de restaurer l’unité de cette structure en portant attention au pôle ISM négligé d’une expérience, du fait d’une conflit psychique. On cherche à ce que la personne puisse découvrir des réponses plus saines et mieux adaptées». (Caouette, 2006)

Ahsen utilise des consignes comme mode d’introduction des images eidétiques en psychothérapie. Judith Hochman Ph.D. les a toutes examinées et elle précise leurs particularités : «1)la consigne utilise le temps présent et des verbes actifs, par exemple voyez…, faites l’expérience … . 2) l’image suscitée révèle généralement un thème de conflit. 3) l’image est introduite par un indice visuel, mais toutes les autres formes d’expression sensorielles peuvent être présentes; 4) l’image est également accompagnées de sensations corporelles et affectives; 5) la signification de l’image émerge dans l’expérience immédiate et elle évolue constamment selon la progression du travail d’imagerie; 6) l’image est expérimentée par la personne à la fois dans l’ici et maintenant et dans un moment appartenant à une autre période de vie; 7)l’image peut rectifier ou compléter des souvenirs; et 8) l’image est subjectivement perçue comme réelle et la personne interagit avec elle comme dans des situations réelles» (Hochman, 2002)

Comme le précise Hochman (2002) dans son introduction à la psychothérapie eidétique :

Dans sa forme la plus simple, la psychothérapie eidétique se déroule comme suit : le sujet énonce son symptôme et en fait l'histoire, il contacte l'expérience de son symptôme, puis il explore avec l'image son symptôme et son impasse ; puis l'expérience des variétés d'images eidétiques décrites plus haut, depuis le niveau fortuit jusqu'au niveau mythique, amène une résolution du conflit.

Pour parvenir à une solution, l'image est projetée de façon répétée, et l'eidétique est vécue comme un événement courant. Voici le déroulement essentiel de l'expérience, étape par étape: la progression ou dévoilement du thème ; l'émanation, par laquelle la propre image de la personne se développe de façon réactive à partir d'une première image de soi passive, faible ou négative, et celle-ci se transforme graduellement en une image de soi active, contenant une expression positive manifeste et des sentiments de libération ; la catharsis, dans laquelle l'image eidétique crée un impact puissant sur l'esprit (la personne a le sentiment qu'elle a vécu intensément une émotion et qu'elle en est sortie) ; l'interaction avec des objets en image pour susciter une expression, ce qui peut inclure l'introduction d'une nouvelle situation ou d'un nouvel élément dans la projection pour susciter une réponse ou une réaction ; la prise de conscience ou une toute nouvelle perspective ressentie et vécue fondée sur les significations et les sensations à l'intérieur de la structure eidétique.

Il y a aussi d’importantes techniques utilisées en psychothérapie eidétique, techniques qui ont souvent été utilisées par des thérapeutes de différentes écoles utilisant aussi l'imagerie. Là où l'émergence n'arrive pas spontanément, la technique d'Émergence d'images fait surgir d'un bond une autre image de soi, et permet de briser les contrôles de l'ego et de révéler des niveaux d'informations inaccessibles auparavant. La remise en mouvement de l’organe visuel et de l’image visuelle entraîne une nouvelle expérience somatique et donc une remise en mouvement de l’énergie de même qu’une nouvelle configuration de la conscience, ce qui est particulièrement important pour la résolution d’un trauma. Dans la régression d'âge, différentes étapes sont soulevées pour révéler des événements significatifs reliées à un âge particulier. L'Oscillation du symptôme localise des états bipolaires dans la structure interne d'un événement et permet à la personne d'être consciente de l'un et l'autre pôle. Par la technique de l’écart entre image et conscience, l’individu perçoit la différence entre ses opinions conscientes et les images nouvelles qui ont surgi à son esprit, et il comble cet écart. Les interactions en imagerie explorent les potentialités interactives de l'image, images de personnes ou d'objets

À ces techniques qui viennent de l’apport important de Akhter Ahsen à la psychothérapie, il faut ajouter les présupposés de base concernant la compréhension de l’être humain : l’intentionnalité, la trace eidétique, le co-conscient, la priorité de l’expérience sur son interprétation, la théorie des relations d’objet en images, les multiples de personnalité, la bipolarité, la dissociation, etc.

Puisque que ces présupposés concernant la compréhension de l’être humain, suite à l’évolution de la pensée phénoménologique et existentielle du XXe siècle, sont différents de la compréhension substantialiste de l’«âme» humaine au XIXe siècle, il fallait donc recourir à d’autres instruments que l’association libre, l’introspection et l’interprétation pour intervenir auprès des personnes en souffrance. Pour aller chercher dans le co-conscient les éléments résolutifs aux conflits, Akhter Ahsen a développé et expérimenté trois instruments qu’il a documenté et qu’il a démontré devant des collègues psychanalystes et gestaltistes à Philadelphie en 1967 : le Test de parents eidétiques, le Test de projection d’âge et l’émergence d’images (Hamel, 2006) .

Mais par dessus tout et avant tout, la PRÉSENCE est la clé essentielle de la psychothérapie eidétique. Bien entendu, comme toute autre approche qui donne de l’importance à la relation thérapeutique, la présence du thérapeute à lui-même est une condition importante pour que la personne qu’il guide retrouve la présence à sa propre nature et à son potentiel de vie. Mais en psychothérapie eidétique, présence réfère spécifiquement à la Présence de l’image. Celui qui fait l’expérience de l’image eidétique fait l’expérience d’être en relation avec une image intérieure réelle, ayant son mouvement propre et une action réelle sur lui. Elle est vécu comme un témoin, un compagnon «L’image est présence en ce sens qu’elle nous donne accès au présent, mais aussi au passé et au futur; elle permet la mise en mouvement et le renouveau de l’expérience. La Présence inclut dans ce contexte la conscience profonde et simultanée de l’absence (qui réfère pour Ahsen aux expériences de pertes, à la sensation d’être en exil, aux luttes de l’existence) et également la conscience d’avoir des ressources internes pour surmonter ces difficultés et ces souffrances» (Caouette, 2006).

«Ahsen parle en même temps de la nécessité de se rappeler que l'absence est un dilemme humain mais que la Présence signifie avoir la pleine conscience du dilemme, ainsi que les ressources rigoureuses pour surmonter les luttes perpétuelles de l'existence… Faire la paix avec le monde intérieur signifie une paix coexistant avec les pressions du monde extérieur. La Présence est une paix intérieure qui permet à la personne de devenir active dans le monde et de s'exprimer avec puissance et résilience» (Hochman, 2002) .

Oscar Hamel, M.Ps., psychologue clinicien
Québec, Équinoxe d’automne 2007

1Caouette, L. (2006). Séminaire de recherche de doctorat. Université Laval, Québec
2Hochman, J. (2002). La psychologie de l’image de Akhter Ahsen : Une introduction. Québec :Institut d’analyse eidétique de Québec.
3Idem
4Dolan, A.T. (1997) Imagery treatment of phobias, anxiety states and oter symptom complexes in Akhter Ahsen’s image Psychology. Brandon House.
5Hamel, O. (2006). Exploration des images du Test des parents eidétique : s’adresser au co-conscient pour retrouver les racines de son être et enrichir la conscience. Éditeur : Institut canadien de l’image eidétique.
6Caouette, L., & Hochman, J. (sous presse). Mental image as a companion in Eidetic Psychotherapy. Jounal of Mental Imagery.
7Caouette, L. (2006). Séminaire de recherche de doctorat. Université Laval, Québec.
8 Hochman, J. (2002). La psychologie de l’image de Akhter Ahsen : Une introduction. Québec :Institut d’analyse eidétique de Québec.

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